Arbitrage : Aouregan Logé, de l’Île-de-France aux terrains portugais

27/05/2026
Arbitre engagée et passionnée, Aouregan Logé incarne une autre manière de vivre le rugby. Récemment en déplacement au Portugal dans le cadre d’un échange entre la Ligue Île-de-France de Rugby et la Fédération portugaise, elle a pu confronter les pratiques et enrichir sa vision de l’arbitrage. Une expérience formatrice, à l’image d’un parcours construit avec exigence, curiosité et détermination.

Comment êtes-vous arrivée au rugby ?

J’ai toujours été proche des terrains grâce à mon père, qui était entraîneur et président de club. Toute ma famille jouait au rugby, donc j’ai grandi dans cet environnement. C’est assez naturellement qu’à 15 ans, j’ai décidé de me lancer.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous orienter vers l’arbitrage ?

Pendant ma dernière année d’études en chiropraxie, lors de mon clinicat, j’ai arrêté de jouer pour éviter les blessures. Mais je voulais garder un lien avec le rugby. L’arbitrage s’est donc imposé comme une évidence. Par la suite, j’ai repris le rugby en élite, mais il devenait difficile de concilier la pratique et l’arbitrage. Il y a trois ans, j’ai fait le choix d’arrêter définitivement de jouer pour me consacrer pleinement à l’arbitrage.

À quel niveau évoluez-vous aujourd’hui et comment avez-vous construit votre parcours ?

Aujourd’hui, j’évolue en Fédérale 3 et cela fait neuf ans que j’arbitre. J’ai d’abord passé l’examen d’entrée, puis les niveaux 1 et 2. Avec l’expérience acquise sur les matchs, j’ai ensuite accédé au niveau 3 (pré-fédéral), puis au niveau 4 (fédéral). Après deux saisons à ce niveau, j’ai été classée en Fédérale 3 cette année. Ce parcours demande beaucoup d’investissement : des réunions mensuelles, des formations hebdomadaires, ainsi qu’une préparation physique régulière pour les tests organisés plusieurs fois dans la saison. C’est un engagement quotidien, mais qui en vaut vraiment la peine.

Accompagnée de deux cadres techniques de la ligue, vous avez participé à un échange avec la fédération portugaise. Quels en étaient les objectifs ?

L’objectif était d’avoir un regard sur leur organisation : la structuration des clubs, leurs actions de développement, leurs méthodes d’entraînement, ainsi que la manière dont ils développent l’arbitrage.

Quelles différences avez-vous observées entre nos deux pays ?

Le Portugal compte moins de clubs, avec un maillage territorial très différent, concentré autour de quelques villes. La formation des joueurs, des entraîneurs et des arbitres est aussi plus courte. Il n’y a pas forcément d’alignement entre le projet fédéral et les projets de club. Les contenus de formation sont construits différemment, même s’il y a une volonté de les faire évoluer.

La féminisation a été abordée au cours des échanges, avez-vous senti une évolution de la place des femmes dans le rugby, dans l’arbitrage ces dernières années ?

Oui clairement, même s’il y a encore beaucoup de choses à faire. Le rugby féminin est aujourd’hui davantage mis en avant et suscite plus d’intérêt. En tant qu’arbitre, j’ai la chance d’être dans le groupe « développement des classées féminines ». Cela nous permet de bénéficier d’un accompagnement supplémentaire avec des réunions, des contenus spécifiques, des stages et des supervisions, au minimum en vidéo. C’est une vraie opportunité de progression, même si cela demande beaucoup d’investissement.

Et au Portugal, quel est le ressenti sur ce sujet ?

Après avoir échangé avec Daniela, arbitre en troisième division portugaise et ancienne internationale, il y a aussi une réelle volonté de développer le rugby féminin et l’arbitrage féminin. Elles sont encore peu nombreuses, mais elles sont accompagnées et coachées, ce qui leur permet de progresser rapidement et d’accéder à des niveaux supérieurs. Leur objectif est clairement d’atteindre et de se maintenir au plus haut niveau.

Quelles différences avez-vous notées sur l’arbitrage ?

La formation au Portugal est beaucoup plus rapide et plus courte. Il y a très peu de réunions durant l’année. Seulement une en début de saison, avec les tests physiques. Mais, d’après Daniela, cela tend à changer, ils sont en train de mettre en place une réunion de mi saison avec test physique. La difficulté est que la réunion de début de saison, réunie tous les arbitres du Portugal, principalement sur Lisbonne. Ce qui demande une certaine logistique pour ceux qui habitent dans le nord. Il en est de même sur les règles, où il y a très peu de distinctions sur les niveaux (mêlée poussée illimitée en seniors, la hauteur des plaquages etc…). L’avant et l’après match sont également moins « protocolaires ».

Que retenez-vous de cette expérience ?

C’est une expérience très enrichissante. Elle permet de découvrir d’autres fonctionnements, de prendre du recul sur nos pratiques et de continuer à progresser. Ce type d’échange est aussi important pour valoriser l’arbitrage et renforcer notre engagement. Pour résumer, Collaboration, passion et échange.