Coumba Diallo, marraine du programme QPV & ZRR de la LIFR : « le Rugby n’est pas qu’un sport des beaux quartiers »
02/12/2021En septembre, lors de la réunion de rentrée de l’équipe QPV & ZRR de la LIFR, les 24 Animateurs Sportifs Territoriaux (AST) détachés dans les clubs par la LIFR ont accueilli le parrain et la marraine du programme ; L’emblématique Abdelatif Benazzi et l’actuelle 3ème ligne de l’équipe de France Féminine, qui vient de fêter sa 50ème sélection, Coumba Diallo.
Elue meilleure joueuse Française en 2016, la native de Clichy-Sous-Bois découvre le rugby à Bobigny à l’âge de 18 ans. De nature réservée, la jeune femme s’est affirmée grâce à son parcours rugbystique. De quoi inspirer les Animateurs Sportifs Territoriaux qui ont l’occasion de susciter des trajectoires similaires.
Si Coumba évolue aujourd’hui au Stade Français Paris, elle a fait ses débuts il y a 18 ans au STAPS de l’Université de Bobigny, à l’instar de beaucoup d’autres joueuses.
Très vite, c’est son professeur de sport Marc-Henri Kugler (Vice-Président Universitaire et Rugby à 7 de la LIFR) qui lui fait remarquer qu’avec son gabarit, elle a le potentiel pour être une bonne joueuse de Rugby. Un peu réticente au début, elle se sent dans son élément dès son 1er entraînement.
« J’ai toujours aimé le sport. Plus jeune, il y avait une école municipale des sports gratuite pas loin de chez moi à Clichy-sous-Bois. J’y allais tous les jours. J’ai rapidement décidé que je deviendrai sportive de haut niveau et internationale, sans savoir dans quelle discipline. Je ne connaissais pas encore le Rugby car on n’en faisait pas à l’école des sports. »
Devant la cinquantaine de personnes présentes, Coumba admet sans difficulté que le Rugby lui a permis d’évoluer et de s’ouvrir plus facilement aux autres.
« Avant de découvrir le Rugby, j’étais réservée, timide même. Ça aurait été impossible pour moi de parler devant vous de cette manière. J’ai trouvé des personnes comme Marc-Henri Kugler qui ont toujours cru en moi, même quand c’était dur.
J’ai vécu des expériences collectives que je n’aurai jamais vécues ailleurs. Le dépassement de soi, l’exigence, la rigueur, la confrontation avec les autres et avec soi-même m’ont fait grandir. Même quand c’était difficile et que j’avais que 5 min de jeu à Perpignan ou à Montpellier, je continuais à m’entraîner avec la même envie. »
La joueuse souhaite que le Rugby serve au développement personnel d’autres jeunes de quartiers, comme ça a été le cas pour elle. C’est pourquoi elle s’engage pleinement dans le programme et encourage les AST à susciter des vocations :
« Il y a beaucoup de forts potentiels dans les quartiers. Il faut sensibiliser les jeunes directement dans les quartiers sur les valeurs que véhiculent le Rugby. Ça peut transformer une vie, redonner confiance à une jeune fille.
Je ne regrette pas d’avoir commencé sur le tard car tout ce que j’ai vécu avant a contribué à ma réussite. Mais je souhaite que les jeunes filles puissent découvrir ce sport dès l’école, et je sais que c’est possible aujourd’hui, grâce notamment à votre travail. »
Interpellés, les AST ont fait part des difficultés qu’ils peuvent rencontrer au quotidien, et ont demandé conseil à leur marraine, notamment sur les réticences que peuvent avoir certaines familles à inscrire leurs enfants au Rugby.
« Il y a beaucoup de préjugés autour du Rugby car les gens ne le connaissent pas forcément. Aujourd’hui, on peut venir d’autres horizons, être voilées, et jouer au Rugby. Vous pouvez aider ces filles à s’identifier à des parcours de joueuses de haut niveau issues du même milieu qu’elles. Je suis là pour ça aussi, pour aller voir les familles et témoigner de mon parcours. On peut leur montrer que le Rugby n’est pas qu’un sport des beaux quartiers.
Il faut déconstruire les préjugés en montrant ce qu’est le Rugby, avec les différentes formes de pratiques. Leur rappeler que le sport, et particulièrement le Rugby, amène de la rigueur et un cadre. Et bien sûr, inviter les gens à essayer pour se faire une opinion.
C’est un plaisir d’assister à cette réunion et de constater l’engagement de chacun. De vous voir vous engagé dans les quartiers, pour le sport et le Rugby en particulier, c’est une fierté. Être marraine du programme, c’est important pour moi qui vient des quartiers dits « sensibles ». Cela me tient à cœur de susciter des vocations à mon tour, à travers le sport en général et surtout vers le rugby féminin.
Au quartier, les filles ont plus tendance à s’assoir sur un banc et à papoter qu’à faire du sport en bas des bâtiments. Le rugby scolaire permet de leur montrer que la voie de ce sport est également accessible. Si mon parcours peut ouvrir la voie à une fille de quartier populaire qui veut faire du rugby, c’est un véritable accomplissement. »
| Florian Grill, président LIFR : |
| « Être Animateur Sportif Territorial, c’est tendre la main à son voisin. La simple opportunité de faire prendre confiance à quelqu’un, est exceptionnelle. Nos AST ont une chance immense, ils ont un travail qui est porteur de sens. Ils savent pourquoi ils se lèvent tous les matins. Ils peuvent tout simplement contribuer, avec le rugby, à transformer la vie de jeunes filles et de jeunes garçons qui trouveront dans un club, une deuxième famille. » |