CTC à l’international : quand le savoir-faire francilien rayonne du Kenya au Chili

26/01/2026
Au dernier semestre 2025, trois CTC (Conseillers Techniques de Club) de la Ligue Île-de-France ont été missionnés à l’international : Aurélien Bouthier en Ouganda, Teddy Omondi au Kenya et Alfonso de la Cruz Santos au Chili. Trois destinations, trois contextes, mais un même objectif : partager l’expertise francilienne, former les cadres locaux et renforcer la place du rugby comme outil d’éducation, de cohésion et d’émancipation. Témoignages croisés de deux des trois CTC qui portent, au-delà des frontières, les valeurs et le savoir-faire de l’Ile de France.

Quelles ont été vos missions dans le cadre de ces échanges internationaux ?

Alfonso de la Cruz Santos (CTC – Bassin Paris)  :  Ma mission principale était de former des éducateurs, entraîneurs et cadres techniques à l’utilisation du Rugby de Mouvement, afin d’améliorer la captation, la fidélisation et le développement des joueurs dans la région de Santiago du Chili. Un travail passionnant, au cœur de leurs besoins réels.

Teddy Omondi (CTC – Bassin Seine et Marne Nord)  : De mon côté, ma mission au Kenya consistait à former un groupe de dix futures formatrices de rugby à 7 dans le cadre d’un programme soutenu par Rugby Afrique, l’AFD, la FFR et la Fédération Kényane de Rugby. J’ai animé des ateliers, dirigé des séances terrain et accompagné chaque participante dans la construction de sa posture d’éducatrice. L’objectif était de renforcer durablement leurs compétences et de les amener vers une véritable autonomie.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans le rugby pratiqué ?

Teddy Omondi (CTC – Bassin Seine et Marne Nord)  : La passion, l’énergie et l’inventivité, malgré des moyens parfois limités. J’ai été impressionné par la volonté d’apprendre et de progresser. Une stagiaire utilisait des tissus ou des serviettes pliés en forme de ballon pour enseigner le rugby dans son école. Cette créativité et cette détermination sont incroyables.

Alfonso de la Cruz Santos (CTC – Bassin Paris)  : Cette envie de se former, de progresser et de proposer un encadrement de qualité se retrouve également chez les éducateurs et entraîneurs que j’ai rencontrés. Le Chili dispose d’un potentiel de développement énorme et des bases solides pour faire grandir la pratique. Comme chez nous, dans nos QPV, le rugby devient un outil d’émancipation et de soutien auprès de jeunes issus de milieux défavorisés.

Quelles compétences de votre métier de CTC ont été les plus utiles dans ce contexte international ?

Alfonso de la Cruz Santos (CTC – Bassin Paris)  : La compétence clé a été la formation des cadres, qui était au cœur de la mission. La capacité à diagnostiquer les structures locales, à conseiller et à s’adapter à un environnement très différent a été tout aussi déterminante. La Ligue Île-de-France est un territoire vaste, complexe, avec une diversité énorme de contextes de pratique. Les CTC y développent une adaptation permanente, une vision large et des compétences transversales qui leur permettent d’intervenir dans presque n’importe quel environnement. Notre expérience en structuration, en formation et en accompagnement fait de nous de véritables « couteaux suisses ». Cette mission a montré que notre expertise est parfaitement transférable et utile à l’international.

Teddy Omondi (CTC – Bassin Seine et Marne Nord)  : Je rejoins Alfonso. L’adaptabilité, l’écoute et la posture de conseiller sont essentielles. La pédagogie doit être modulée en permanence selon le contexte et les participantes. Savoir gérer un groupe et accompagner chaque personne dans sa progression est au cœur de notre métier.

Avez-vous des exemples concrets où votre intervention a eu un impact visible ?

Teddy Omondi (CTC – Bassin Seine et Marne Nord)  : Oui. Plusieurs participantes ont rapidement modifié leur manière d’animer leurs séances. Certaines se sont senties plus légitimes et plus confiantes dans leur rôle d’éducatrice. Les retours ont été immédiats, notamment dans la qualité des ateliers qu’elles ont construits en groupe puis mis en pratique sur le terrain.

Alfonso de la Cruz Santos (CTC – Bassin Paris)  : Deux moments forts pour illustrer cet impact. Après une formation, plusieurs entraîneurs se sont mis à utiliser la forme de jeu « Touché + 2 secondes ». Au départ sceptique, ils ont finalement admis que c’était une dynamique extrêmement efficace pour leurs entraînements. Lors d’une action de captation dans une école d’un quartier défavorisé, certains enfants nous ont demandé : « Ce sera vous nos entraîneurs quand on viendra au club ? ». Ce genre de réaction montre à quel point notre intervention peut marquer les jeunes.

Que retenez-vous de ces expériences  ? Ont-elles fait évoluer votre manière de travailler ?

Alfonso de la Cruz Santos (CTC – Bassin Paris)  : Pour moi, la leçon la plus marquante est qu’il ne faut pas attendre que tout soit parfait pour se lancer. Au Chili, on démarre, on construit, on ajuste en cours de route. Cette dynamique pragmatique est parfois plus efficace que de viser une organisation idéale avant d’agir. J’aime préparer et anticiper. Mais au Chili, l’organisation parfaite était impossible : il fallait s’adapter en permanence. Je retiens donc l’approche : prépare au maximum, mais sois prêt à t’adapter au contexte réel. C’est souvent là que se trouve la clé de la réussite.

Teddy Omondi (CTC – Bassin Seine et Marne Nord)  : J’ai été frappé par la capacité à faire beaucoup avec très peu, la créativité dans les animations et l’énergie incroyable – en particulier celle des bénévoles. Leur résilience quotidienne pour transmettre le rugby est inspirante. Cela nous rappelle l’importance de garder de la simplicité et de la passion dans nos approches. Cette expérience m’a recentré sur l’essentiel : l’humain et la transmission des valeurs. J’ai encore plus envie de valoriser notre diversité et les approches collaboratives que nous développons avec les clubs sur le territoire.