Emmanuelle Pilache Loze, Ambassadrice scolaire pour le ROC Houilles Carrières-sur-Seine
23/05/2025Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel et de ton engagement dans le rugby scolaire ?
Je suis professeure des écoles depuis 17 ans et directrice d’une école maternelle depuis 10 ans. Je suis également Ambassadrice scolaire pour le ROC Houilles Carrières-sur-Seine. En tant que Toulousaine, j’ai toujours baigné dans l’atmosphère et les valeurs du rugby. L’année où je suis arrivée sur Houilles, des éducateurs du club du ROC’HC sont venus réaliser plusieurs séances de rugby au sein de ma classe (et pas uniquement la mienne). La finalité de ce projet par niveau de cycles est la mise en place d’un tournoi avec un bouclier à remporter par école. L’enthousiasme des élèves était marquant : filles, garçons, même les élèves les plus timides, tous étaient investis et prenaient plaisir à jouer et à se dépasser. Cela m’a donné envie d’adapter cette activité aux maternelles. Je me suis engagée à mettre en place des séances ludiques, adaptées à leur âge, pour leur permettre de développer la motricité, la coopération, la confiance en soi et surtout le plaisir de bouger ensemble en mêlant l’ensemble des domaines scolaires. Le rugby scolaire est pour moi un levier d’inclusion, d’épanouissement et d’apprentissage.
Comment as-tu connu le programme des Ambassadeurs scolaires de la Ligue, pourquoi as-tu accepté ce rôle ?
Le président de l’école de rugby de Houilles, Abel, m’a parlé de ce dispositif et nous sommes allés ensemble, l’année dernière, à une réunion proposée par la Ligue. Cela m’a permis de voir ce qui se faisait dans d’autres villes et de prendre connaissance de différents projets, d’autres manières de pouvoir faire pratiquer le rugby à l’école. J’ai été très honorée que le club me propose d’être leur ambassadrice car cela montre la confiance qu’il m’accorde. Avant même de connaitre ce dispositif, j’étais engagée dans le déploiement du rugby dans les écoles. Je le suis d’autant plus maintenant que je suis ambassadrice. J’ai cette mission très à cœur.
En quoi consiste ton rôle au sein du club ?
Aujourd’hui, je suis l’interlocutrice privilégiée entre le club et les enseignants des écoles primaires de de la ville. Pour les écoles maternelles, en collaboration avec le président de l’Ecole de Rugby, nous organisons une réunion dans laquelle nous convions l’ensemble des enseignants de Grande Section qui participent au projet. Cela nous permet dès le début de fédérer tous les enseignants, de tenir compte des idées de tous et suite au bilan de l’année passée, de faire évoluer ce projet pluridisciplinaire et de choisir le thème de travail de l’année. Les plannings et dates clés sont aussi décidées à ce moment-là tout comme le fil conducteur. En ce qui concerne les écoles élémentaires, j’assure la diffusion des informations entre le club et les écoles et j’aide le club dans l’organisation du tournoi inter écoles des CP, CE1 et CE2.
La Ligue a récemment mis à disposition des clubs et enseignants des livrets éducatifs conçus avec l’association Pass Éducation. As-tu prévu de les utiliser et penses-tu que ces outils favorisent la passerelle entre école et club ?
Oui bien sûr ! Je trouve ça génial de pouvoir associer différents apprentissages autour de ce sport. C’est plus ludique pour les élèves d’apprendre de nouvelles choses sous forme de jeux. Je les ai d’ailleurs diffusés à l’ensemble des écoles élémentaires et également à l’école de mon fils qui n’est pas dans mon secteur. Ces outils permettent de mettre du lien entre l’école et le club. Ils permettent d’approfondir et de découvrir des termes techniques, de découvrir où est né ce sport et d’autres compétences transversales dans les différents domaines d’apprentissage.
Vous organisez un tournoi inter-écoles le 27 mai, peux-tu nous en dire plus ?
Le 27 mai marquera les 10 ans du projet pluridisciplinaire Roc’École, né en partenariat avec le club de ROC’HC, visant à initier les élèves, dès la maternelle, à la pratique du rugby à travers un parcours en trois étapes (découverte des pré-requis rugby, phases d’opposition et de coopération).
Cette journée festive et pleine de surprises réunira les classes autour d’un flashmob Haka inspiré d’une correspondance avec un ancien joueur vivant en Nouvelle-Zélande, d’une exposition d’œuvres artistiques réalisées par les élèves rendant hommage aux acteurs et aux 10 ans du projet, d’une rencontre rugby adaptée entre classes de petite section façon grand jeu traditionnel « les éperviers », et d’ateliers d’initiation de rugby adapté favorisant l’inclusion et l’intergénérationnel entre enfants et adultes. L’événement poursuit des objectifs pédagogiques forts : valoriser les acteurs éducatifs des écoles (enseignants, ATSEM, AESH) souvent en coulisses, offrir une expérience inclusive et positive du rugby en mettant l’accent sur la participation et le plaisir plutôt que sur la compétition, développer le sens du collectif, établir des liens entre sport et apprentissages scolaires, sensibiliser à l’inclusivité et encourager la lecture via la remise d’ouvrages de littérature jeunesse autour du rugby. Enfin la réussite de ce projet repose sur une mobilisation collective : la municipalité apporte un important soutien financier, tout comme le club, qui finance notamment les transports et les goûters grâce à ses partenaires. De nombreux bénévoles, enseignants, parents et éducateurs du club s’investissent dans l’ombre mais jouent un rôle clé, assurant l’encadrement et la mise en œuvre du tournoi.
En tant qu’enseignante, que constates-tu chez les élèves après un projet autour du rugby ?
La pratique du rugby permet de développer plusieurs compétences : la participation, le goût de l’effort, la coopération, l’inclusion, le dépassement de soi et ce dès la petite section. Alors oui, certains élèves plus inhibés ne sont pas toujours très à l’aise avec les phases de contact avec les autres ou avec le sol et ont besoin de revivre plusieurs fois les situations d’apprentissage, mais globalement et majoritairement, ils prennent beaucoup de plaisir à pratiquer les séances. L’introduire de manière ludique est essentiel.
Aussi, les élèves développent le sens du collectif et apprennent à respecter des règles et les décisions de l’arbitre. Ils apprennent également que chaque acte a des répercussions chez l’adversaire ou chez un coéquipier et que l’arbitre est celui qui va donner les règles et qu’il faut les respecter. En réalité, ce sport permet aux élèves d’apprendre et de se heurter aux règles de vie de la classe qui sont essentielles pour son fonctionnement. D’ailleurs, je fais souvent ce parallèle car c’est un apprentissage clef en maternelle.
Quel message aimerais-tu adresser aux enseignants ou éducateurs qui hésitent encore à se lancer dans ce type de projet ?
Il y a une véritable envie des clubs et de la Ligue de promouvoir le rugby dans les écoles. Si l’envie de se lancer est présente, il ne faut pas hésiter à les solliciter pour être accompagné. Le rugby à l’école permet à tous les élèves de se découvrir et d’évoluer ensemble en apprenant à tenir compte de chaque individualité. Et beaucoup de situations à mettre en œuvre sont proches de jeux traditionnels connus. Seule la forme du ballon utilisée change !
Et pour la suite, as-tu d’autres projets en tête ?
Bien sûr ! j’ai attendu trop longtemps pour pratiquer ce sport et je trouve très important de permettre sa pratique dès le plus jeune âge. J’ai intégré depuis cette année le groupe de travail scolarité de la LIFR en tant que bénévole avec pour objectif de développer ce sport qui n’a aucune contrainte et qui est très inclusif. Nous sommes actuellement en train de préparer des documents clefs en main pour les professeurs dans le cadre de la mise en place des 30 min d’APQ (Activités Physiques Quotidiennes) par jour et dans le cadre des récréations sportives. Le ballon ovale est aussi un ballon simple à utiliser et il est important de le faire dès le plus jeune âge. L’idée étant aussi de montrer que ce sport existe aussi sous différentes formes (flag, toucher,…) et qu’il est possible de le pratiquer sur différents espaces.