Le rugby à l’école : un levier éducatif pour le vivre-ensemble et la confiance en soi 

02/03/2026
Inspecteur de l’Éducation nationale et acteur engagé du rugby depuis plus de vingt ans, Gwennaël Pétillat porte une vision profondément éducative de la « balle ovale » à l’école. Pour lui, cette discipline dépasse largement le cadre sportif : elle constitue un puissant levier pour développer la coopération, l’inclusion, l’engagement et les compétences citoyennes dès le plus jeune âge. 

Après avoir été enseignant et formateur, il a exercé en France et à l’étranger, tout en menant un parcours riche dans le rugby, comme joueur, entraîneur, préparateur physique, manager puis président de club, notamment au RC Versailles, au Racing 92, à l’Entente Limay Mantes, au CO Gargenville et à l’EFR Abu Dhabi. Cette double expérience lui a permis de mesurer, sur le terrain comme à l’école, l’impact de pratiques sportives structurées sur le développement global des élèves. 

Dans cet entretien, il revient sur les apports concrets du rugby à l’école : apprentissages sociaux et civiques, confiance et estime de soi, inclusion, santé, tout en s’inscrivant pleinement dans les programmes d’Éducation physique et sportive. 

Comment le rugby permet-il de travailler concrètement le vivre ensemble dès l’école maternelle ?  

À cet âge, il ne s’agit évidemment pas de “rugby de contact” au sens compétitif, mais de jeux collectifs inspirés des principes fondamentaux de l’activité : coopérer pour avancer, respecter des règles simples, accepter des rôles différents (attaquant, défenseur, observateur), attendre son tour, gérer l’émotion liée à la réussite ou à l’échec. 

Le rugby met l’enfant dans une situation où il ne peut réussir seul. La progression du ballon dépend du collectif. Cette interdépendance structurelle favorise : l’entraide, l’écoute, le respect des règles communes et l’acceptation de la diversité des compétences. 

Dès la maternelle, ces situations permettent de travailler les compétences sociales et civiques en cohérence avec les attendus des programmes : coopérer, s’opposer sans s’affronter, respecter autrui. 

Quels bénéfices observe-t-on chez les élèves sur le plan de la confiance en soi et de l’estime de soi ?  

Les bénéfices observés sont significatifs. Le rugby propose une grande diversité de rôles et de formes de réussite. Un élève peut progresser en course, réussir une passe, défendre efficacement, encourager et organiser son équipe, analyser le jeu en tant qu’observateur. 

Cette pluralité permet à chaque élève de trouver un espace de valorisation. Pour des élèves parfois en difficulté dans les apprentissages plus académiques, la réussite motrice et collective devient un levier puissant de revalorisation personnelle. 

Par ailleurs, le cadre clair des règles, la ritualisation des séances, le respect de l’arbitrage développent la maîtrise de soi. L’élève apprend à canaliser son énergie, à gérer la frustration, à accepter la décision. Cette régulation contribue directement à l’estime de soi : l’enfant se perçoit comme capable de progresser dans un cadre structuré. 

Le rugby scolaire est-il un levier pour favoriser l’inclusion et la coopération entre élèves ? 

Il constitue un levier particulièrement intéressant. Contrairement à certaines représentations, le rugby n’est pas réservé à des profils physiques particuliers. Les formes scolaires, notamment le rugby sans contact, permettent l’engagement de tous élèves à besoins éducatifs particuliers, élèves en situation de handicap, élèves peu à l’aise dans les pratiques individuels. 

Le rugby à 5 s’est développé dans les clubs et se rapproche vraiment des possibilités de pratiques au sein des écoles. La logique collective impose l’organisation et la coopération. Le jeu met en valeur les complémentarités : vitesse, stratégie, endurance, lecture du jeu. Il ne s’agit pas d’un sport de performance individuelle mais d’une activité sportive d’intelligence collective. 

Dans de nombreuses écoles, j’ai pu constater que les projets rugby/balle ovale renforcent la cohésion de classe et améliorent le climat scolaire. En dehors des écoles, le rugby rassemble, en témoigne le tournoi caritatif « 7 de cœur » chaque année à Versailles depuis 15 ans où les joueurs et joueuses soutiennent des associations, comme « Christo rugby adapté » qui a pour slogan « Parce que le rugby n’est qu’un prétexte pour inciter des personnes en situation de handicap mental ou psychique à pratiquer une activité sportive ». 

En quoi le rugby scolaire s’inscrit-il pleinement dans les programmes d’EPS et les priorités de l’Education nationale ?  

Le rugby scolaire s’inscrit pleinement dans les programmes d’Éducation physique et sportive. Il relève du champ d’apprentissage : “Conduire et maîtriser un affrontement collectif ou interindividuel”. 

À travers cette activité, les élèves apprennent à coopérer pour élaborer des stratégies collectives, respecter des règles et des rôles sociaux (arbitre, joueur, observateur), s’engager dans un affrontement codifié et sécurisé. 

Par ailleurs, le rugby participe aux priorités nationales : développement des compétences psychosociales, amélioration du climat scolaire, promotion de l’égalité filles-garçons et développement de l’activité physique quotidienne. 

Dans un cadre sécurisé, progressif et adapté à l’âge des élèves, il constitue un support particulièrement riche et permet également de développer des compétences transversales à différentes activité physiques et sportives. 

 Quel rôle joue le rugby scolaire dans la promotion de l’activité physique et de la santé des élèves ?  

Le rugby scolaire contribue activement à la promotion de l’activité physique. Il mobilise : l’endurance, la coordination, la vitesse et la motricité globale. 

Mais au-delà des dimensions physiologiques, il agit sur le bien-être psychologique : engagement collectif, sentiment d’appartenance, plaisir du jeu partagé. 

Dans un contexte où la sédentarité progresse, proposer des activités dynamiques, structurées et porteuses de valeurs et de sens éducatif est essentiel. 

Selon vous, quels impacts à long terme peut-il avoir sur le parcours des élèves et pourquoi est-il important de continuer à développer ce type de projet à l’école ?  

Le rugby scolaire peut avoir des effets durables sur le parcours des élèves. Il développe le sens de l’engagement, la capacité à coopérer, le respect de la règle et de l’arbitre et la persévérance face à la difficulté. Ces compétences dépassent largement le cadre sportif. Elles irriguent les apprentissages scolaires, la vie sociale et plus tard l’insertion professionnelle. 

Continuer à développer ce type de projet à l’école, en partenariat avec les conseillers départementaux EPS, l’USEP, les clubs et les structures affiliées à la Fédération Française de Rugby (une convention existe entre la FFR et le département des Yvelines), c’est investir dans une éducation globale de l’élève : corporelle, sociale, citoyenne et morale. 

J’ai la chance d’exercer dans une circonscription où la pratique du rugby est importante au sein des écoles et qui pourrait encore se développer en partenariat avec les clubs de Montesson-Chatou (RCMC), Houilles-Carrières (ROC) et Maisons-Laffitte Saint-Germain – Poissy (MLSGP). 

Le rugby, lorsqu’il est pensé comme un outil pédagogique et non comme une simple activité sportive, devient un véritable projet éducatif. Des projets de qualité existent au niveau du département et gagneraient à se développer plus largement dans les écoles de ma circonscription mais également du département.