Louise Van Wymeersch : faire du rugby scolaire un tremplin pour toutes et tous

27/02/2026
Professeure d’EPS à Vitry-sur-Seine, référente de section sportive rugby, engagée à l’UNSS et vice-présidente du Comité Départemental du Val-de-Marne, Louise Van Wymeersch œuvre au quotidien pour structurer et développer le rugby scolaire, avec une attention particulière portée à la formation des jeunes officiels et à l’essor de la pratique féminine. Entre école et mouvement fédéral, elle construit des passerelles pour offrir aux élèves un parcours cohérent, ambitieux et accessible.

Sur le terrain comme dans les instances, tu es investie à plusieurs niveaux. Comment ce parcours s’est-il construit, et en quoi ces différents rôles te permettent-ils d’agir concrètement, au quotidien, pour développer le rugby scolaire ?

J’ai découvert le rugby en 6ème grâce à « Planète Ovale ». J’ai ensuite eu l’opportunité d’en faire un trimestre au lycée, mais c’est grâce à la FFSU que j’ai vite mis le pied en club. Mon parcours dans le rugby et dans l’EPS a donc commencé par le rugby scolaire.

Cette première expérience a été déterminante : elle m’a permis de devenir joueuse, puis responsable d’École de Rugby et entraîneure en sélections féminines, tout en me formant pour devenir enseignante d’EPS. Ce parcours m’a permis de connaître le rugby sous différents angles et de mesurer l’importance des passerelles entre l’école et le monde fédéral.

Aujourd’hui, en tant que professeure d’EPS et référente de section sportive rugby, j’accompagne les élèves dans leur double projet scolaire et sportif. À Vitry, notre ambition est avant tout de faire découvrir le rugby au plus grand nombre, au-delà de la seule logique de performance, en favorisant l’accès de tous, et particulièrement des filles.

Mon engagement à l’UNSS et mon rôle de vice-présidente du Comité Départemental du Val-de-Marne me permettent d’élargir cette action en renforçant les liens avec les clubs. Mon début de mandat au CD94 a surtout été sur la structuration des projets scolaires et féminins particulièrement dans le 2nd degré (collège-lycée) et va être maintenant élargi aux projets scolaires du 1er degré (primaires).

Mon objectif sera donc le même pour les années à venir : faire du rugby scolaire un véritable tremplin pour les élèves dans leur construction.

En décembre, des jeunes arbitres et coachs UNSS de l’Académie de Créteil ont été réunis au CNR de Marcoussis pour une formation rugby, accompagnés par Lucien Midelet responsable de la section sportive de Jean Jaurès à Pantin et Bastien Blanc, CTC de la Ligue Île-de-France de Rugby. Quels sont les objectifs de cette formation et pourquoi est-elle, selon toi, un levier essentiel pour le développement structurel du rugby ?

Sur le plan sportif, elle permet d’améliorer la connaissance du jeu et la maîtrise des règles, la prise de décision et la communication afin d’assurer des rencontres de meilleure qualité au fur et à mesure de l’année.  Sur le plan éducatif, elle développe l’autonomie, la responsabilité, la confiance en soi et l’engagement des élèves en les plaçant dans des rôles d’acteurs du jeu. On leur donne souvent ces rôles sur nos compétitions UNSS pour qu’ils accompagnent les plus petits, gèrent les matchs. Sur le plan citoyen, elle favorise le respect des règles, l’impartialité et la gestion des émotions.

Nous réutilisons souvent ce qu’ils ont appris pour la réalisation de notre Tournoi des CM2 ce qui permet de montrer aux futurs élèves qui vont rejoindre la section tout ce qu’il est possible de faire au rugby.

Cette formation constitue aussi un levier essentiel pour le développement du rugby : elle peut permettre de créer de vraies vocations pour de futurs.es arbitres, éducateurs.rices et bénévoles, indispensable à la pérennité, à la structuration et à la transmission des valeurs de notre sport.

Tu es très impliquée dans la labellisation des sections sportives rugby, à l’échelle académique, départementale et au sein de ton établissement. En quoi cette démarche va-t-elle au-delà d’un simple label, et comment permet-elle d’améliorer l’encadrement, les contenus et le parcours des élèves engagés dans une section sportive rugby ?

La labellisation d’une section sportive rugby dépasse largement l’attribution d’un label : elle constitue un cadre de qualité et de cohérence qui permet de mettre en valeur le travail des collègues sur les sections sportives auprès de leur établissement et de leur club. On y met énormément d’énergie et de temps et voir cet investissement valorisé auprès des chefs d’établissements, des clubs partenaires et de la ligue prouve que nous travaillons dans le bon sens. Elle permet de justifier aussi le besoin d’un encadrement multiple et compétent en montrant la nécessité réelle du partenariat entre établissement, club et instances fédérales. Et surtout, elle offre une aide financière non négligeable pour la vie de la section que ce soit dans la participation aux frais de déplacement, aux Championnats de France ou même à l’achat de matériel.

Le challenge féminin moins de 15 ans joue un rôle clé : il permet aux jeunes filles de pratiquer, de se rencontrer, de se confronter entre elles et de construire un véritable parcours, entre AS, section sportive et club. Quel impact observes-tu sur le terrain, et quels leviers te semblent importants pour continuer à développer une pratique féminine durable et attractive en milieu scolaire ?

Les filles sont ravies de bénéficier de moments dédiés pour s’entraîner, jouer et se confronter entre elles, en complément de la pratique en club avec les garçons. Sur ces temps, elles ressentent moins de pression et peuvent développer ou consolider les compétences dont elles ont besoin pour progresser.

Proposer également des séances en dehors du cadre scolaire à des jeunes filles encore non licenciées leur donne souvent envie de franchir le pas du club et de s’engager dans un double projet. Elles prennent conscience qu’elles sont nombreuses à pratiquer, ce qui renforce leur motivation et leur confiance.

Disposer de créneaux spécifiques pour les former, que nous n’avons pas toujours dans le cadre scolaire ou en club, constitue une véritable plus-value. Le principal frein chez les jeunes filles est le retard dans le développement de la motricité rugby car elles commencent souvent plus tard, mais avec des temps dédiés, elles rattrapent vite leurs homologues.

Pour moi, pour poursuivre ce développement de la pratique, il faut maintenir des temps de rencontre, d’apprentissage réguliers et progressifs, renforcer les liens entre l’école et les clubs, valoriser les parcours, accompagner les encadrants et proposer des formats de pratique attractifs et ambitieux.

Ces actions sont déterminantes pour installer durablement une pratique féminine attrayante en milieu scolaire.

Entre les Championnats de France UNSS, la future labellisation des AS rugby et ton engagement à venir au sein d’une commission scolaire de la Ligue Île-de-France de Rugby, quelles pistes te paraissent prioritaires pour renforcer les passerelles entre l’Éducation Nationale et le mouvement fédéral, et donner encore plus de cohérence et de visibilité au rugby scolaire ?

La priorité me semble être de structurer davantage les passerelles entre les AS, les sections sportives et les clubs afin de proposer un parcours lisible et continu pour les élèves, car nous souhaitons la même chose : éduquer les enfants par la pratique sportive et notamment le rugby.

Plusieurs pistes me paraissent essentielles : il est nécessaire de mettre en place des formations spécifiques rugby entre enseignants et cadres techniques en appui.  Il faut continuer de chercher à coordonner les calendriers UNSS et LIFR et les diverses actions de développement notamment sur le challenge F-15.

Il faut également accompagner les élèves qui ont l’opportunité d’intégrer des APER (Académie Pôle Espoirs Rugby) en les aidant à construire des projets sportifs, scolaires et professionnels fiables qui les garderont motivés dans le temps. En effet, la majorité des sections sportives ou AS Rugby sont en collège et certains élèves arrêtent la pratique du sport scolaire arrivés au lycée. En proposant des offres telles que des options, des AS ou des sections lycées, la passerelle pourra être réalisée à tout niveau entre la 6ème et la Terminale, qui sont souvent des catégories d’âge où les clubs manquent en plus de licenciés.es. Pour cela, il est nécessaire d’aider à l’enseignement de la pratique rugby, de soutenir les actions déjà existantes et de continuer à les valoriser.