Projet de correspondances écrites, initiations Rugby… Rencontre avec Christèle Canet, professeur des écoles et Ambassadrice scolaire du SCUF
23/11/2021Christèle Canet est depuis 2013 professeur des écoles dans le 9ème arrondissement de Paris. Elle enseigne actuellement dans une classe de grande section à l’école Rodier. En 2018, elle s’est lancée dans un double projet audacieux : animer des initiations au ballon ovale avec ses élèves tout en correspondant par courrier avec des sportifs professionnels. Un projet qui rencontre un succès remarquable, au point de voir Yannick Nyanga s’investir personnellement depuis plusieurs années. Aujourd’hui, Christèle est devenue l’ambassadrice scolaire du SCUF. Elle raconte son projet qui provoque l’enthousiasme des élèves comme des enseignants.
Aujourd’hui, pourquoi as-tu choisi de proposer des activités liées au Rugby à tes élèves ?
Née d’un père lotois et d’une mère corrézienne, j’ai découvert le rugby via les retransmissions télévisées avec mes parents avant d’aller assister à des matchs au stade. J’ai toujours apprécié ces moments de fête et de partage en famille ou entre amis. Puis, dans mon travail d’enseignante, j’ai eu envie de proposer à mes élèves de découvrir le milieu de l’ovalie en reliant cela à la préparation au CP.
J’ai donc proposé des séances de motricité liées au rugby et au ballon ovale. En parallèle, j’ai rattaché ces séances à un projet de correspondance écrite. J’ai contacté des joueurs qui me semblaient pouvoir répondre à ma demande.
Ma démarche pédagogique s’articule sur la découverte du rugby et de ses valeurs en abordant la pratique d’un sport collectif et la correspondance avec des sportifs de haut-niveau. On travaille la relation avec l’autre, la manipulation du ballon et le rapport à l’espace. Ce projet transdisciplinaire, au-delà de l’aspect sportif, culturel et du vivre ensemble, est un réel moteur et un bon moyen de faire entrer mes élèves dans l’écrit et la lecture en vue du CP. D’abord, ils me dictent leur texte puis au fil de l’année scolaire quand ils progressent en écriture ils recopient leurs textes eux-mêmes et parviennent même parfois à les écrire seuls phonétiquement (première forme de production d’écrit).
Comment se concrétise le projet de correspondance ?
C’est en 2017 que la toute première lettre dictée par des élèves a été envoyée à François Trinh-Duc de Toulon et du XV de France.
Au bout d’un moment, les élèves m’ont demandé si on pouvait inviter le joueur en classe. Je me suis alors dit qu’il fallait échanger avec quelqu’un de plus proche géographiquement, et j’ai contacté Yannick Nyanga du Racing 92. Il s’est montré intéressé par mon projet pédagogique et par le fait de proposer ces ateliers à des élèves de 4 et 5 ans.
Nous avions aussi écrit à Antoine Dupont qui nous envoyait des posters ou des cartes dédicacées de Toulouse ou du XV de France et à Saïd Hirèche qui avait envoyé une longue lettre et un drapeau dédicacé par l’équipe. Jacky Lintignat, vice-président du CA Brive, est toujours enclin à soutenir mon projet ou apporter son aide.
Ces soutiens, en plus l’implication de Yannick Nyanga, m’ont motivée à poursuivre. De fil en aiguille, il est venu rencontrer mes élèves, a échangé avec eux par courrier en 2018 (Lettres, envoi de posters de l’équipe ou de cartes dédicacées). Il nous a invités à la PLD Arena, fait visiter le centre d’entrainement du Plessis-Robinson, et a animé lui-même des ateliers rugby pour les élèves qui étaient ravis de fouler la pelouse d’entrainement des Racingmen ! Nous étions repartis avec deux ballons dédicacés.
Durant cette année scolaire, mes élèves ont conçu un film d’animation pour un projet cinéma. Ils ont intégré plusieurs joueurs de rugby dans l’écriture du scénario, dont Yannick venu assister à la projection du film « Yannick et le Cirque Paillette » à l’école avec les familles. C’est un grand souvenir, mes élèves de l’époque m’en parlent encore.
Lorsque Yannick est devenu Directeur Sportif du Racing 92, il est revenu en classe en 2019 pour organiser des rencontres entre les élèves et des joueurs comme Hassane Kolingar ou Teddy Thomas. Pendant la pandémie, nous avons gardé le lien par courrier. Il a toujours répondu présent pour mes élèves. Ce soutien m’a encouragée à poursuivre ce projet rugby vu par certains comme atypique.
En parallèle de cette belle initiative, tu es devenue ambassadrice scolaire du SCUF Rugby (17ème) ?
Une première élève s’est inscrite en 2018 au SCUF qui est le club le plus proche de mon école (9ème arrondissement). Grâce à Jean-Louis Biasin et Claude Coudert, respctivement président et cadre technique du Comité de Paris à l’époque, et qui étaient enthousiastes en découvrant mon projet « initiation rugby-correspondance écrite », je suis entrée en contact avec le SCUF.
Un partenariat a été monté entre mon établissement et le club en juin 2020. Depuis l’année dernière, malgré les difficultés liées au Covid, des intervenants du club viennent animer quelques séances pour ma classe au cours de l’année scolaire. Les premières séances ont eu lieu en novembre 2020 puis en mai 2021.
Le club m’a demandé l’an dernier de devenir son Ambassadrice scolaire et j’ai accepté.
Cette année, j’ai déjà bénéficié d’un cycle et deux autres sont prévus. Entre temps, en plus de mes séances hebdomadaires autour du ballon ovale, nous allons organiser des jeux de questions-réponses sur le rugby qu’un des intervenants du SCUF posera à mes élèves.
Par quelles actions se concrétise ton engagement d’Ambassadrice scolaire ?
Depuis l’an dernier, je propage l’information autour de moi. J’ai parlé de ce type de projet (séances d’initiation gratuites animées par des intervenants de clubs voisins) à des enseignants de 7 arrondissements. J’ai eu des demandes émanant de 3 écoles élémentaires, 6 maternelles et 2 écoles polyvalentes.
Deux écoles du 19ème et du 11ème ont eu des séances d’initiation avec le club de l’ASPTT Grand Paris.
D’autres ont été déçus de ne pas pouvoir démarrer un projet similaire au mien, faute de motivation ou de ressources des clubs alentours. C’est plutôt frustrant. C’est pour cela que j’espère que ma propre expérience incitera certaines personnes ou clubs à changer leur vision des choses.
Je propose aussi aux parents d’élèves de venir assister à un entrainement des U6 le dimanche matin au SCUF.
Je suis à chaque fois présente car cela motive les enfants de retrouver leur maitresse au rugby le dimanche. Ainsi, je crée du lien entre mes élèves mais également avec les parents d’élèves. L’an dernier, les sorties scolaires étant impossibles, ces moments du dimanche matin étaient l’occasion de vivre quelque chose collectivement en dehors de l’école. Car une des conséquences de la pandémie est aussi le fait que les enseignants ont parfois du mal à travailler la cohésion de groupe au sein de leur classe. Le confinement, les fermetures de classe font que cette génération a davantage besoin de travailler sur le vivre ensemble.
Enfin, je revois aussi, avec plaisir, des anciens élèves inscrits au club. Ainsi que leurs parents.
Quelles sont les retombées pour le club du SCUF ?
A l’heure actuelle, le SCUF compte dans ses rangs presque une dizaine d’anciens élèves de ma classe. Peut-être un nouveau cette année. Pour les interventions dans les écoles, ils ont trop de demandes pour toutes y répondre et privilégient l’aspect qualitatif plutôt que quantitatif. C’est tout à leur honneur.
Quels sont les retours des différents acteurs impliqués (élèves, professeurs, animateurs des séances) ?
Même si je continue tout au long de l’année avec une séance hebdomadaire, mes élèves étaient motivés et poursuivre les séances avec des intervenants d’école de rugby. Ils les appelaient les « profs de l’école de rugby ».
Juste avant les congés de la Toussaint, lors de la dernière séance avec le SCUF, mes élèves ont participé à un mini tournoi et ont reçu une médaille offerte par le club. Une élève m’a dit : « c’est la première médaille de toute ma vie ! »
Pour ce qui est des autres établissements, tous les professeurs m’ont fait de très bons retours et ont envie de poursuivre. Certains m’ont, notamment, fait part de bienfaits réels sur des élèves en difficulté ou présentant des problèmes de comportement. Ce fut même une révélation pour certains d’entre eux et leurs familles qui ont inscrit leur enfant en école de rugby.
Nous, enseignants, avons trouvé les intervenants du SCUF ou de l’ASPTT Grand Paris très professionnels et toujours à l’écoute des enfants. Et les professeurs qui étaient frileux au départ continuent de proposer des séances à leur classe en autonomie, sans les intervenants. Donc c’est très positif pour la pratique du rugby en milieu scolaire.